Le premier concile de Nicée (en latin : Concilium Nicænum Primum) est le nom donné à un concile général des évêques de l’Empire romain qui se tint à Nicée (aujourd’hui İznik, en Turquie) en Bithynie, sur convocation de Constantin Ier, du  au , sous les patriarcats de Sylvestre de Rome, d’Alexandre d’Alexandrie, d’Eustathe d’Antioche, d’Alexandre de Constantinople et de Macaire de Jérusalem.

Le concile avait pour objectif de résoudre les problèmes qui divisaient alors les Églises d’Orient, problèmes disciplinaires et surtout problème dogmatique1 mis en évidence par la controverse entre Arius et son évêque Alexandre.

Il est considéré comme le premier concile œcuménique par les Églises chrétiennes. Il forme, avec le premier concile de Constantinople de 381, les deux seuls conciles considérés comme œcuméniques par l’ensemble des Églises chrétiennesNote 1. Toutefois il faut noter l’absence au concile des donatistes et des novatiens.

Circonstances

L’empereur romain Constantin Ier convoque le concile. Il vient en effet de réunifier l’Empire romain après avoir vaincu Licinius à la bataille d’Andrinople le . Se rendant en Orient, il constate vite le très grand nombre des dissensions au sein du christianisme. Afin de rétablir la paix religieuse et de construire l’unité de l’Église, et sans doute aussi de parvenir à ses fins politiquement, il décide de réunir un concile. Celui-ci rassemble des représentants de presque toutes les tendances du christianisme, peu après la fin des persécutions (celles lancées par Dioclétien durent jusqu’en 313, et certains évêques portent encore les traces des tortures infligées à cette occasion).

Après plusieurs mois au cours desquels les évêques ne parvinrent pas à se mettre d’accord sur un texte décidant de la nature de la relation du Christ au Père, l’empereur menace les quatorze récalcitrants. Trois restent fidèles à leurs conceptions, dont Arius, et sont excommuniés.

Toutefois, l’arianisme n’était pas la première dissidence à encourir l’excommunication. L’originalité de la situation tient à ce que l’excommunication prononcée contre Marcion par le conseil des presbytres de Rome, Valentin et Montanus, n’avait de validité que dans le diocèse où elle avait été prononcée. Dans la situation présente, les évêques s’engagent à ne pas lever l’excommunication prononcée par un autre diocèse. La suite du conflit arien montre que cet engagement n’est pas tenable.

Participants

Le nombre des évêques qui participèrent au concile varie selon les sources. Eusèbe de Césarée, qui était présent au concile, parle de plus de 250 présents. Eustathe d’Antioche et Athanase d’Alexandrie, eux aussi présents, donnent respectivement les chiffres de 270 et 300. À partir d’Hilaire de Poitiers, il fut admis traditionnellement2 que le nombre des Pères du concile fut de 318, vraisemblablement par allusion au mystérieux verset 14, 14 de la Genèse : « Dès qu’Abram eut appris que son frère avait été fait prisonnier, il arma trois cent dix-huit de ses plus braves serviteurs, nés dans sa maison, et il poursuivit les rois jusqu’à Dan ». Le patriarche de Rome, Sylvestre, n’est pas présent lors du Concile.

Nature œcuménique du concile

Cela signifie qu’il réunissait toutes les Églises. En effet, chaque patriarcat était indépendant et disposait de son propre magistère, de sorte qu’un excommunié dans un patriarcat pouvait faire lever son excommunication dans le patriarcat voisin (ce qui ne manquait pas de se faire). Le concile de Nicée est considéré comme le premier concile œcuménique bien qu’il ne s’agisse pas du premier concile à proprement parler. Cependant, les précédents conciles réunissaient un nombre bien plus restreint d’évêques, venant de régions moins éloignées les unes des autres (concile de Rome en 313 et concile d’Arles en 314).

Résultats du concile

Nous sont parvenus, outre la profession de foi dite symbole de Nicée :

  • les anathèmes condamnant l’enseignement d’Arius qui y sont annexés ;
  • vingt canons ;
  • une liste nominative de participants.

Le symbole de Nicée

Une confession de foi est adoptée au concile de Nicée.

 
Texte grec3 Traduction française4
Πιστεύομεν εἰς ἕνα Θεὸν Πατέρα παντοκράτορα

πάντων ὁρατῶν τε καὶ ἀοράτων ποιητήν·

καὶ εἰς ἕνα Κύριον Ἰησοῦν Χριστὸν

τὸν Υἱὸν τοῦ Θεοῦ,

γεννηθέντα ἐκ τοῦ Πατρὸς μονογενῆ

τουτέστιν ἐκ τῆς οὐσίας τοῦ Πατρος

Θεὸν ἐκ Θεοῦ,

Φῶς ἐκ Φωτός,

Θεὸν ἀληθινὸν ἐκ Θεοῦ ἀληθινοῦ,

γεννηθέντα, οὐ ποιηθέντα,

ὁμοούσιον τῷ Πατρί,

δι’ οὗ τὰ πάντα ἐγένετο

τά τε ἐν τῷ οὐρανῷ καὶ τὰ ἐν τῇ γῇ,

τὸν δι’ ἡμᾶς τοὺς ἀνθρώπους,

καὶ διὰ τὴν ἡμετέραν σωτηρίαν,

κατελθόντα,

καὶ σαρκωθέντα,

καὶ ἐνανθρωπήσαντα,

παθόντα,

καὶ ἀναστάντα τῇ τρίτῃ ἡμέρᾳ,

ἀνελθόντα εἰς τοὺς οὐρανούς,

ἐρχόμενον κρῖναι ζῶντας καὶ νεκρούς.

καὶ εἰς τὸ Ἅγιον Πνεῦμα.

Nous croyons en un seul Dieu, Père tout-puissant,

créateur de tous les êtres visibles et invisibles.

Et en un seul Seigneur Jésus-Christ,

Fils unique de Dieu,

né du Père,

c’est-à-dire de la substance du Père,

Dieu de Dieu,

lumière de lumière,

vrai Dieu de vrai Dieu ;

engendré, et non fait,

consubstantiel au Père,

par qui a été fait tout ce qui est

au ciel et sur la terre ;

qui pour nous, hommes,

et pour notre salut

est descendu,

s’est incarné

et s’est fait homme ;

a souffert,

est ressuscité le troisième jour,

est monté aux cieux,

et viendra de nouveau juger les vivants et les morts.

Et au Saint-Esprit.

Τοὺς δὲ λέγοντας Ἦν ποτε ὅτε οὐκ ἦν,

καὶ Πρὶν γεννηθῆναι οὐκ ἦν,

καὶ ὅτι Ἐξ οὐκ ὄντων εγένετο,

ἢ Ἐξ ἑτέρας ὑποστάσεως ἢ οὐσιάς φάσκοντας εἶναι

ἢ κτιστόν

ἢ τρεπτόν

ἢ ἀλλοιωτὸν τὸν Υἱὸν τοῦ Θεοῦ,

τούτους ἀναθεματίζει ἡ ἁγία καθολικὴ καὶ ἀποστολικὴ ἐκκλησία.

Ceux qui disent : il y a un temps où il n’était pas,

avant de naître, il n’était pas ;

il a été fait comme les êtres tirés du néant ;

il est d’une substance (hypostasis), d’une essence (ousia) différente,

il a été créé ;

le Fils de Dieu est muable

et sujet au changement,

l’Église catholique et apostolique les anathématise.

Seule l’Église arménienne orthodoxe utilise encore aujourd’hui l’anathème sus-cité, après le chant du Symbole de foi. Cette confession sera complétée au concile de Constantinople en 381, pour devenir le « symbole de Nicée-Constantinople ».

 

Icône du premier concile de Nicée (fêté le dimanche après l’Ascension). Au premier plan, l’évêque saint Spyridon s’exprime devant le concile et confond Arius. Derrière lui, préside à gauche (à droite de l’autel) le représentant de l’évêque de Rome, et en seconde place, à droite, la puissance invitante, l’empereur Constantin.

Lettres synodales

Nous sont également parvenues, deux lettres à l’Église d’Alexandrie : la lettre de concile dite lettre synodale à l’Église d’Alexandrie et celle de l’empereur Constantin dit lettre encyclique aux Églises. Elles nous apprennent que le concile a statué sur les Méléciens ainsi que sur la date de Pâques.

La lettre synodale spécifie :

« Nous vous avertissons aussi que le différend touchant le jour auquel la fête de Pâque doit être célébrée, a été heureusement terminé par le secours de vos prières, et que tous nos frères qui sont en Orient, et qui célébraient autrefois la fête de Pâque le même jour que les Juifs, la célébreront à l’avenir le même jour que les Romains, et que les autres qui la célèbrent de tout temps avec nous5. »

Constantin dans sa Lettre aux Églises écrit notamment :

« La question touchant la fête de Pâque y ayant été agitée, tous sont demeurés d’accord d’un commun consentement de la célébrer le même jour… Tous ont jugé que c’était une chose indigne, de suivre en ce point la coutume des Juifs… Ils sont si fort éloignés de la vérité, même en ce point, qu’ils célèbrent deux fois la fête de Pâque en une année… Embrassez donc volontairement l’usage, qui est établi à Rome, en Italie, en Afrique, en Égypte, en Espagne, en Gaule, en Angleterre, en Achaïe, dans le Diocèse d’Asie et de Pont, et en Cilicie5. »

Formellement, le mode de calcul de la date unique n’est pas précisé.

50 ans de controverses trinitaires

Un grand nombre d’évêques orientaux se sentirent insatisfaits de la formule de Nicée, imposée par l’autorité impériale. La contestation s’organisa autour d’Eusèbe de Nicomédie et d’Eusèbe de Césarée. Elle fut attisée par l’arrivée au pouvoir des successeurs directs de Constantin, favorables à l’arianisme. Elle se poursuivra dans la confusion pendant plus de cinquante ans. Et il faudra attendre l’avènement de Théodose et le premier concile de Constantinople, en 381, pour que la foi de Nicée soit imposée définitivement à tout l’Empire comme définition de l’orthodoxie trinitaire1 par l’édit de Thessalonique.

Une expression

Le souvenir de la controverse survenue au cours de ce concile est resté dans l’expression « ne pas bouger d’un iota »Note 2. Les Nicéens soutenaient que le Fils était « de même substance » (ὁμοούσιος, homoousios) que le Père, tandis que les (semi-)ariens, qui furent excommuniés, soutenaient que le Fils était « de substance semblable » (ὁμοιούσιος, homoiousios) au Père. Les deux termes ne se distinguaient en effet que par un iota, mais étaient de sens très différent.

Notes et références

Notes

  1.  En effet, les Églises des deux conciles ne reconnaissent, comme œcuméniques, que le premier concile de Nicée et celui de Constantinople. Les Églises des trois conciles reconnaissent le concile d’Éphèse (431) comme troisième concile œcuménique. Les Églises des sept conciles qui reconnaissent comme œcuméniques quatre autres conciles : le concile de Chalcédoine (451), les deuxième (553) et troisième (680681) conciles de Constantinople et le second concile de Nicée (787).
  2.  Laquelle utilisait une citation du Nouveau Testament : « Pas un iota, pas un détail de la loi ne passeront avant que tout soit accompli »Mt 5. 18 [archive].

Références

  1. ↑ Revenir plus haut en :a et b Henri-Irénée Marrou, op. 1 cité.
  2.  « SEPTIEME DIMANCHE DE PAQUES DIMANCHE DES SAINTS PERES DU CONCILE DE NICEE » [archive], sur archiparaphoniste.free.fr
  3.  (en) « Creed of Nicaea 325 – Greek and Latin Text with English translation » [archive], sur earlychurchtexts.com
  4.  Abbé Guyot, La Somme des Conciles généraux et particulierst. I, 2e éd. (lire en ligne [archive])p. 80-81
  5. ↑ Revenir plus haut en :a et b Socrate, Histoire ecclésiastique, L. I, chap. 9.

Voir aussi

Articles connexes

Bibliographie

  • Jean-Robert Armogathe, Histoire générale du christianisme, vol. I, P.U.F., 2009.
  • J.-M. Le Mayeur et al.Histoire du christianisme, tome 2 : Naissance d’une chrétienté, Desclée, 1995.
  • Frédéric Lenoir, Comment Jésus est devenu Dieu, Fayard, 2010.
  • Pierre Maraval, Le christianisme de Constantin à la conquête arabe, PUF, 1997.
  • Henri-Irénée Marrou, « Concile de Nicée », dans Encyclopaedia universalis, 1984.
  • Henri-Irénée Marrou, L’Église de l’Antiquité tardive 303-604, Éditions du Seuil, Points Histoire, 1985.
  • Richard E. Rubenstein, Le jour où Jésus devint Dieu, Bayard, 2000, rééd. La Découverte, 2004.
  • Paul Veyne, Quand notre monde est devenu chrétien (312-394), Bibliothèque Albin Michel Idées, 2007.

Liens externes